Congo: l’opposant historique Etienne Tshisekedi est décédé

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Vif opposant aux présidents congolais Laurent (père) et Joseph (fils) Kabila, Etienne Tshisekedi est mort mercredi dernier à l’âge de 84 ans à Bruxelles.

Son nom ne t’évoque sûrement rien, mais Etienne Tshisekedi est un acteur important de l’histoire qui lie la Belgique à la République démocratique du Congo (RDC). La preuve: il était rentré il y a quelques semaines du Congo pour venir se faire soigner à Bruxelles. Il y est décédé mercredi dernier à l’âge de 84 ans.

Le Congo belge

Peut-être tes grands-parents et/ou tes parents sont-ils nés ou ont-ils vécu au Congo belge? Tu dois en effet savoir que le Congo a pendant très longtemps été une colonie de la Belgique.
A la fin du 19e siècle, le roi Léopold II de Belgique se montre très intéressé à ce que la Belgique, petit pays alors coincé entre deux puissances (la République française et l’Empire allemand) possède des colonies, souvent gage de nouvelles richesses.
A cette époque, l’explorateur et journaliste britannique Henry Morton Stanley fut le premier Européen à explorer l’Afrique équatoriale d’est en ouest: il partit de Zanzibar pour arriver dans le bassin du Congo.
Le roi Léopold II lisait avec beaucoup d’intérêt les articles de Stanley sur ses découvertes et aventures africaines. Léopold II avait déjà essayé à plusieurs reprises d’avoir des colonies en Afrique, mais ses efforts furent à chaque fois vains car la plupart des colonies africaines étaient sous l’emprise de la France et du Royaume-Uni. Alors, en 1878, il décida de passer par Stanley, qui connaissait désormais très bien l’Afrique, pour peu à peu mettre la main sur le Congo, son sol (extrêmement riche en caoutchouc, cuivre, diamants et or) et ses habitants, souvent enrôlés de force. Pour le compte du roi, Stanley développa ainsi le chemin de fer ainsi qu’une série de comptoirs commerciaux le long du fleuve Congo. Stanley et Léopold II n’hésitaient pas à user de la manière forte avec les Congolais. Nombreux trouveront la mort sur les chantiers.
En 1885, les chemins de Stanley et du roi se séparent. Le Congo est attribué comme possession personnelle au roi, qui devient le propriétaire de 2,5 millions de km2 ainsi que de la force de travail de ses habitants. Le Congo s’appelle alors « Etat indépendant du Congo ».
Puis, en 1908, le roi cède l’Etat indépendant du Congo à la Belgique. C’est officiellement la naissance du Congo belge.
Pendant les années qui suivent, le Congo développe son économie et ses exportations grâce à l’exploitation du coton et de minerais tels que l’or, l’étain, le cuivre et l’uranium. Le calme règne alors.

Vers l’indépendance

Mais en 1958, le Mouvement national congolais, dirigé par Patrice Lubumba, réclame la libération du peuple congolais. En 1959, cette revendication d’indépendance a gagné toute la population: de violentes émeutes éclatent entre Congolais et forces de l’ordre à Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa, capitale de la RDC), faisant 200 victimes africaines.Quelques mois plus tard, le gouvernement belge décide d’accélérer le pas vers l’indépendance. Celle-ci est prononcée le 30 juin 1960.

Etienne Tshisekedi, de Mobutu à Kabila

Joseph Kasavubu est désigné chef de l’Etat et Patrice Lubumba devient Premier ministre. Mais la situation se détériore vite. En septembre 1960, le colonel Joseph Mobutu organise un coup d’état et s’empare du pouvoir, aidé notamment par Etienne Tshisekedi. Celui qui deviendra un acteur important de la politique congolaise n’est alors encore qu’un jeune étudiant en Droit, né en 1932 à Kananga, au Kasaï, dans le centre de ce qui était alors le Congo belge.
Pendant 20 ans, il demeure aux côtés de Mobutu et occupe différents postes à responsabilité.
Mais en 1980, tout bascule: Tshisekedi remet en cause le régime de Mobutu qu’il qualifie de « kleptocratie », c’est-à-dire un système politique où une ou des personnes à la tête d’un pays pratiquent à une très grande échelle la corruption. Il fonde alors son propre parti politique : l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).
En 1997, Mobutu est, à son tour, renversé, par le rebelle Laurent-Désiré Kabila, père de Joseph Kabila (l’actuel président de la RDC). Etienne Tshisekedi refuse de participer au gouvernement Kabila et devient alors un fervent opposant au pouvoir en place, refusant de participer en 2006 aux premières élections libres organisées depuis l’indépendance du Congo en 1960.

Aujourd’hui encore, Etienne Tshisekedi, malgré sa santé fragile, et son parti, l’UDPS, devaient jouer un rôle majeur dans les négociations visant à définir l’avenir politique de la RDC, pays de 71 millions d’habitants parmi les plus pauvres d’Afrique. En effet, le mandat de Joseph Kabila s’est achevé fin décembre 2016, mais il a décidé de malgré tout rester au pouvoir, en attendant la tenue d’élections prévues fin 2017.

Crédit photo: Reporters