Le gaz sarin a tué 30 enfants syriens

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Le 4 avril, un raid aérien a frappé une petite ville du nord-ouest de la Syrie, Khan Cheikhoun, tuant 86 Syriens, dont 30 enfants. L’horreur de la guerre est montée d’un cran: c’est une arme chimique qui a été utilisée, le gaz sarin.

Peut-être as-tu vu pendant les vacances de Pâques ces images particulièrement insoutenables d’enfants agonisants, de la mousse aux coins des lèvres.

Nous sommes le mardi 4 avril. Il est encore très tôt ce matin-là à Khan Cheikhoun, dans la province d’Idleb, au nord-ouest de la Syrie. Beaucoup de familles dorment encore lorsqu’un raid aérien frappe la petite ville. Au total, 86 Syriens perdent la vie, dont 30 enfants. Et plus de 160 sont blessés.
Lorsque les premiers secours arrivent sur place, les médecins constatent rapidement que cette attaque n’est pas « comme les autres ». Les victimes présentent des symptômes similaires à ceux observés sur des victimes d’une attaque chimique: pupilles dilatées, convulsions et mousse sortant de la bouche. Diverses analyses pratiquées sur des blessés attesteront un peu plus tard que c’est bien un gaz particulièrement toxique qui a été utilisé: le gaz sarin.
Sous le choc, Etats-Unis et Occident en tête condamnent vivement l’attaque et cherchent à désigner les responsables.
Voici l’état de la situation en quatre questions.

1 Qu’est-ce que le gaz sarin?

Le sarin est un puissant gaz neurotoxique mortel, inodore et invisible, découvert pendant la Deuxième Guerre mondiale (en 1938) en Allemagne. Même si l’on ne respire pas ce gaz, le simple fait qu’il touche la peau bloque la transmission de l’influx nerveux et entraîne la mort par arrêt respiratoire.

2 Qui se bat en Syrie?

Voilà une question vaste et complexe. Mais saches que la Syrie est embourbée dans une guerre meurtrière depuis le 15 mars 2011, date à laquelle une partie de la population syrienne est descendue dans les rues pour dénoncer le gouvernement mené d’une main de fer depuis 40 ans par Hafez al-Assad puis son fils, Bachar. Ces manifestations ont alors été durement réprimées, faisant émerger plusieurs groupes rebelles, opposés au pouvoir de Bachar al-Assad. La province d’Idleb, où se situe la petite ville de Khan Cheikhoun, est l’une des dernières régions abritant des rebelles et échappant au régime du président Assad.
A ce jour, plus de 320 000 Syriens sont morts dans cette guerre.

3 Qui est responsable de cette attaque chimique?

Peu après l’attaque, le président américain Donald Trump a menacé de passer à l’action, n’hésitant pas à pointer la responsabilité du président syrien Bachar al-Assad dans cette attaque. « Ces actes odieux par le régime d’Assad ne peuvent être tolérés », a déclaré Donald Trump. « Si vous gazez un bébé ou lâchez un baril d’explosifs sur une personne innocente, vous verrez une réaction de la part de ce président », a affirmé à son tour Sean Spicer, le porte-parole de la Maison Blanche.
Ce n’est, en effet, pas la première fois que le régime de Bachar al-Assad est fortement soupçonné d’avoir mené une attaque chimique. En août 2013, un bombardement au gaz sarin contre deux secteurs rebelles dans la banlieue de Damas (la capitale syrienne) avait fait plus de 1400 morts, dont 426 enfants!
De son côté, le gouvernement syrien nie toute implication dans l’attaque de Khan Cheikhoun. « L’armée syrienne n’a pas utilisé et n’utilisera jamais des armes chimiques contre son propre peuple, pas même contre les rebelles et les djihadistes [de l'Etat islamique]« , a défendu le chef de la diplomatie syrienne Walid Mouallem.
Quant à la Russie, fidèle allié de Bachar al-Assad, elle soutient la version des faits suivante: « l’aviation syrienne a bombardé près de Khan Cheikhoun un entrepôt des rebelles où étaient stockées des substances toxiques destinées à des combattants en Irak » et qui se seraient disséminées dans l’atmosphère.

4 Quelle a été la réaction des Etats-Unis?

Au lendemain de l’attaque, Donald Trump, qui jusque là avait promis de faire passer la politique intérieure (américaine) avant la politique extérieure, a déclaré que son « attitude envers la Syrie et Assad a nettement changé ». Et de fait, dans la nuit du 6 au 7 avril, l’armée américaine a tiré 59 missiles Tomahawk depuis deux navires basés en Méditerranée vers la base aérienne d’Al-Chaayrate, dans la province centrale de Homs (centre de la Syrie), clouant au sol 20% de l’aviation syrienne. Selon les services américains de renseignement, c’est cette base qui a servi de point de départ au bombardement sur Khan Cheikhoun.
Avec cette frappe, Donald Trump a pris la mesure militaire américaine la plus directe depuis le début du conflit syrien. « Notre action militaire était une réponse directe à la barbarie du régime d’Assad », a assuré le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson

Crédit photo: Reporters