Le Royaume-Uni entame le processus pour quitter l’Union européenne

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Membre de l’Union européenne depuis 40 ans, le Royaume-Unis déclenchera ce mercredi 29 mars le processus historique de divorce avec l’Union européenne.

C’est un moment historique! Pour la première fois dans l’histoire de l’Union européenne (UE), un Etat – le Royaume-Uni – va déclencher l’article 50 du Traité de Lisbonne. Qu’est-ce donc cela? Signé à Lisbonne (la capitale du Portugal) en 2007 par les membres de l’UE et entré en vigueur en 2009, le Traité de Lisbonne modifie l’organisation et le fonctionnement de l’UE afin de la rendre plus démocratique, plus efficace et d’assurer une meilleure coordination entre les Etats membres. Ce traité prévoit également en son article 50 les conditions et la manière dont un Etat membre peut quitter l’Union européenne. Ce mercredi 29 mars, le gouvernement britannique a donc décidé d’activer l’article 50 du Traité de Lisbonne, déclenchant ainsi le processus qui va lui permettre de sortir de l’UE.

Tu dois sûrement te demander pourquoi le Royaume-Uni quitte l’UE? Comment? Quelles seront les conséquences pour ses habitants et le reste de l’Europe?, Combien cela va-t-il coûter?, etc. Nous allons tenter de répondre à toutes ces questions dans cet article.

1. L’Europe et le Royaume-Uni, 40 ans d’histoire commune

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le 25 mars 1957, six pays sont réunis autour de la table à Rome. Leur but? Unir les pays européens sur les plans politique et économique afin de garantir une paix durable. Comment? Ils créent la Communauté économique européenne (CEE) et la Communauté européenne de l’énergie atomique (Euratom), qu’ils instituent en signant divers documents, appelés les « Traités de Rome ». Les six pays fondateurs de cette Communauté sont l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas. Tu en as certainement entendu parler, samedi, le 25 mars, nous avons fêter les 60 ans des Traités de Rome.
Au fil du temps, d’autres pays vont rejoindre la CEE. C’est ainsi que le Royaume-Uni adhère à la CEE le 1er janvier 1973, aux côtés du Danemark et de l’Irlande. Les Britanniques y voient une opportunité pour relancer leur croissance économique, à la traîne par rapport à celle des deux autres puissances française et allemande. Mais en 1973 a lieu le premier choc prétrolier (c’est-à-dire que les prix du baril de pétrole vont fortement augmenter) et la reprise économique espérée par le Royaume-Uni n’a pas lieu. « Le fait que les Britanniques sont entrés sur le tard dans la CEE a renforcé le sentiment d’inconfort, explique Anand Menon, professeur de Politique européenne au King’s College de Londres, le sentiment que nous avions rejoint un club façonné par d’autres ».
Les premières tensions ne tardent pas: en 1979, Londres refuse de participer au système monétaire européen, au nom de sa souveraineté nationale et monétaire. Puis s’oppose à toute initiative de renforcement de l’intégration politique, ce qui fait de plus en plus penser que le Royaume-Uni a un pied dans l’Europe et un pied en-dehors. Une attitude qui se confirme en 1985 (Londres refuse de participer aux Accords de Schengen, qui ouvrent les frontières entre les Etats européens les ayant signés) et en 1993 (Londres refuse l’euro, la monnaie unique européenne).

2. En route vers le Brexit

En 1990, la méfiance du Royaume-Uni envers l’Europe s’accroît encore avec la création du parti Ukip, un parti europhobe, c’est-à-dire qui est contre l’adhésion du Royaume-Uni à l’Europe. Comme tu as déjà pu le lire dans un précédant article de Tremplin News (« Le Royaume-Uni restera-t-il au sein de l’Union européenne? »), face aux succès électoraux du parti Ukip, surtout en 2014, et qui menaçaient le parti conservateur de droite (Tory) du premier ministre David Cameron, ce dernier a promis à ses électeurs d’organiser, en cas de victoire aux élections, un référendum sur le maintien ou pas du Royaume-Uni au sein de l’UE.
La suite, tu la connais. Quarante ans après leur entrée dans l’UE, le 23 juin 2016, quelque 17,4 millions de Britanniques ont dit « oui » au « Brexit » (c’est la contraction entre « Britain », qui signifie Grande-Bretagne en anglais, et « exit », qui veut dire « sortie »). Conséquence directe? Le lendemain du referendum, le Premier ministre David Cameron, partisan du maintien dans l’UE, rend sa démission. C’est l’eurosceptique Theresa May qui lui succède en juillet 2016. Elle défend une rutpure « claire et nette » avec l’UE. Pour elle, « le Royaume-Uni ne peut pas continuer à faire partie du marché unique » de 500 millions de consommateurs, incompatible (c’est-à-dire qui ne s’accorde pas) avec la priorité de Londres: la maîtrise de l’immigration européenne.

3. Le calendrier

Ce mercredi 29 mars, le gouvernement britannique va donc « utiliser » l’article 50 du Traité de Lisbonne (comme expliqué ci-dessus) pour entreprendre sa sortie de l’UE. Le Conseil européen, l’instance qui regroupe les dirigeants des Etats membres de l’UE, en sera avisé par l’envoi d’une lettre. « Ce sera un moment historique et le début d’un nouveau chapitre audacieux en tant que nation ouverte et globale », a jugé la Première ministre britannique Theresa May. « La lettre sera l’un des documents les plus importants de l’histoire récente de notre pays ».
Cette étape officielle va permettre d’entamer des négociations qui s’annoncent difficiles entre le Royaume-Uni et l’UE. « J’aurais personnellement préféré que le Royaume-Uni ne choisisse pas de quitter l’UE, mais la majorité des électeurs britanniques en a décidé autrement », a commenté le président du Conseil européen, Donald Tusk. « Nous devons donc faire tout ce que nous pouvons pour rendre le divorce le moins douloureux possible pour l’UE ».
Dans les 24 à 48 heures qui suivront le déclenchement du Brexit, Donald Tusk présentera des « orientations de négociation » aux 27 autres membres de l’UE.
Un mois plus tard, le 29 avril, se tiendra un sommet européen, une rencontre de tous les dirigeants des 27 membres de l’UE, au cours duquel ils devront définir leur position dans les futurs pourparlers avec le Royaume-Uni.
En tout, ces négociations pourront durer deux ans maximum, délai après lequel la séparation devient automatique si aucun accord n’est trouvé. Le Royaume-Uni devrait ainsi se retrouver en 2019 hors de l’UE. Néanmoins, sache que tant qu’aucun accord n’est conclu, le Royaume-Uni reste un membre à part entière de l’UE, au sein de laquelle il conserve ses droits mais aussi ses obligations.

4. Des négociations complexes

On l’a dit, après 40 ans de cohabitation, l’Europe et le Royaume-Unis vont devoir trouver un terrain d’entente, ce qui annonce des négociations complexes. Il faudra ainsi décider du sort des fonctionnaires et parlementaires actifs à Bruxelles (le siège des institutions européennes), du déménagement de l’Agence européenne des médicaments qui se situe à Londres ou encore de la réintroduction de contrôles aux frontières avec l’Irlande du Nord.
Mais le coût du Brexit demeure la question la plus difficile à trancher. « Quand un pays quitte l’UE, il n’y a pas de punition, pas de prix à payer, mais nous devons solder les comptes, ni plus ni moins », a averti Michel Barnier, le négociateur en chef de l’UE. Concrètement, lorsque le Royaume-Uni faisait partie des 28 membres de l’UE, il a donné son accord pour mettre en place divers programmes financés par l’Europe. L’Europe attend donc du Royaume-Uni qu’il honore sa participation financière même s’il a entretemps décidé de quitter l’UE. Et la facture s’annonce salée: entre 55 et 60 milliards d’euros!
Enfin, le Royaume-Uni sera, pour sa part, particulièrement attentif à ce qu’il adviendra des 4,5 millions de ressortissants britanniques vivant dans l’UE (par exemple, un retraité britannique installé en Espagne) et de citoyens de l’UE résidant au Royaume-Uni (comme un étudiant polonais venu vivre à Londres).

Crédit photo: Reporters