L’ouragan Matthew a durement frappé Haïti

HaïtiOK

Dimanche, Haïti a décrété un deuil national de trois jours après le passage de l’ouragan Matthew qui a fait près de 400 morts et plus de 350 000 sinistrés.

Des arbres déracinés, des maisons écroulées, des toitures arrachées, des coulées de boues… Vendredi, l’ouragan Matthew laissait derrière lui des scènes de désolation totale en Haïti, cette île des Caraïbes de 10,9 millions d’habitants. Déjà durement frappée par un terrible tremblement de terre en 2010 ayant fait 200 000 morts, Haïti doit à présent gérer une nouvelle catastrophe humanitaire: l’ourgan Matthew a tué près de 300 personnes tandis qu’on dénombre plus de 20 000 personnes déplacées et près de 350 000 personnes nécessitant une assistance.

Revenons sur le phénomène des ouragans en quelques points explicatifs.

Comment se forme un ouragan?

Chaque année, environ 80 tempêtes tropicales ou ouragans se forment sur le globe au-dessus des eaux tropicales. Matthew est un ouragan tropical qui s’est formé dans l’océan atlantique, fin septembre, à partir d’une perturbation en provenance de l’Afrique de l’Ouest. Pour qu’un ouragan se développe, la température de l’océan doit être élevée dans les 60 premiers mètres pour permettre une évaporation intense et des transferts d’humidité de l’océan vers l’atmosphère. Ce transfert est à son maximum à la fin de l’été lorsque les eaux de surface atteignent 28 à 29 °C, ce qui est le cas de la mer des Caraïbes
En revanche, les ouragans s’affaiblissent rapidement en pénétrant à l’intérieur des terres, où ils ne sont plus alimentés en eau chaude.

Comment distinguer une tempête tropicale d’un ouragan?

Tout est une question de force des vents:
- Si le vent est inférieur à 63 km/h, on parle de dépression tropicale;
- Entre 63 et 117 km/h,  c’est une tempête tropicale,
- Au-delà de 117 km/h, on parle d’ouragan
Lorsque le stade de tempête tropicale est atteint, le centre météorologique responsable de la zone concernée lui attribue un nom.
Les ouragans sont classés en cinq catégories sur l’échelle de Saffir-Simpson, en fonction de la force de leurs vents – le seuil pour la catégorie 5 étant de 250 km/h. On compte chaque année quelque 45 ouragans tropicaux, essentiellement dans le nord-ouest du Pacifique, les Caraïbes ou le sud de l’océan indien. Ils se forment surtout de juillet à octobre dans l’hémisphère Nord et de novembre à mars dans l’hémisphère Sud. Matthew est le premier cyclone à avoir atteint la catégorie 5 depuis 2007 dans l’Atlantique.

Y aura-t-il plus d’ouragans avec le réchauffement climatique?

Pour Fabrice Chauvin, chercheur au Centre national de recherches météorologiques de France, « selon les modèles scientifiques les plus précis, le nombre global de cyclones dans le climat futur devrait être stable, voire en légère baisse. Mais dans le même temps, on s’attend à une hausse des cyclones les plus intenses, qui s’explique notamment par l’augmentation des températures des océans. On va aller vers des phénomènes plus puissants, associés à des pluies plus intenses, d’environ 20 % supérieures ».

Qu’en est-il de Matthew?

Alors qu’il se rapprochait début octobre de la zone des Caraïbes, Matthew a gagné en intensité. Il a traversé les Caraïbes du sud au nord, passant de la catégorie 2 à la catégorie 4. Il a affecté la Colombie, la Jamaïque, la République dominicaine (où on déplore au moins quatre morts), Cuba et les Bahamas, avant de dévaster Haïti jeudi dernier.
L’ouragan a ensuite frappé les côtes du sud-est des Etats-Unis. Mais après s’être montré extrêmement menaçant lorsqu’il était à proximité de la Floride, Matthew s’est affaibli et n’était plus dimanche matin qu’une tempête post-cyclonique.

Et la situation en Haïti?

Le sud de l’île a été particulièrement touché. Dans ce département qui compte 700 000 habitants, 80% des habitations ont été endommagées et 11 000 personnes ont trouvé refuge dans des abris de fortune. « Sur une population d’1,3 million d’habitants dans le Grand Sud, avec un taux de pauvreté de 60 à 70%, nous ne sommes pas loin d’avoir un million de personnes qui ont besoin en urgence d’une aide humanitaire », a déclaré lundi Mourad Wahba, coordonnateur humanitaire des Nations unies en Haïti. Dans ce pays qui est l’un des plus pauvres du monde, priorité est donc donnée à fournir aux habitants un abri sûr, de l’eau propre et potable et de la nourriture. Car les organisations humanitaires s’inquiètent de la propagation du choléra, qui frappe Haïti depuis 2010, et dont les enfants sont les premières victimes.

Crédit photo: Reporters